L'esprit du
développement durable s'immisce
de plus en plus
dans tous les
rouages de
l'entreprise.
Du haut en bas
de la hiérarchie,
la prise en compte des enjeux
environnementaux est devenue
une nécessité,
à laquelle les
stratégies achats peuvent largement contribuer.
Mais qu'est-ce qu'un Système de Management
de l'Environnement (SME) ?
C'est «l'ensemble des dispositions mises en place par une
entreprise pour s'assurer que les produits ou les services qu'elle
conçoit, fabrique et/ou distribue ne menacent pas, directement
ou indirectement, l'environnement, en sachant répondre aux
exigences réglementaires et légales et de façon
compatible avec les critères de gestion et de profitabilité».
Cette définition a une conséquence directe : c'est
aux dirigeants de donner les bons inputs. Il s'agit de mettre en
place une organisation, définir les responsabilités
et leurs délégations ad hoc, coordonner les pratiques
individuelles, élaborer les procédures collectives
et, bien entendu, consacrer les ressources financières,
techniques et humaines nécessaires. Vaste programme, convenons-en,
dont le secret de l'efficience réside pour une grande part
dans le taux d'adhésion des collaborateurs. Soigner tout
particulièrement la communication en interne est donc
obligatoire.
La problématique des achats
Acheter 8 ce que l'entreprise achetait 10, passe évidemment
pour une bonne affaire ! Mais les 20 % faciaux d'économies
ne dissimulent-ils pas des coûts pervers, directs ou indirects
et difficiles à identifier ? L'acheteur est-il vraiment
sûr d'acheter le même produit ou le même
service ?
Le rôle de tout acheteur, voire de tout système
d'achat, est aussi de savoir pourquoi et comment un fournisseur
accepte de réduire sensiblement sa marge. Grande question
!
«Faudra-t-il pratiquer un «cost killing» intensif
ou au contraire ne pas renoncer aux missions nobles des achats
: contribuer à l’innovation et aux exigences croissantes
du développement durable ? Et avec quels moyens ? Bref,
est-ce un moment historique pour les achats ?» (lettre
des achats.fr)
En ces temps de crise, savoir si bouleverser les pratiques est
ou non le moment, est une autre affaire.
Si mieux acheter se transforme en bien acheter, toute nouvelle
règle doit être partagée par toute l'entreprise
pour atteindre une efficacité visible dans les comptes.
Car il est souvent délicat d'apprécier le retour
sur investissement, tant les périmètres économiques
et financiers d'une entreprise dynamique évoluent en
permanence (ex. : rachat d'un concurrent).
Les achats sont bel et bien au cœur
du processus environnemental
L'achat de voyages. Billetteries, hôtellerie, location
de voitures sont achetées par le voyageur lui-même.
Outil de prédilection du responsable : un outil informatique
de réservations et d'achats paramétrable à volonté (imposer
le moyen de transport économe en CO2, ne pouvoir louer
que des voitures vertes...etc). Des sociétés
comme GetThere, American Express ou Carlson Wagonlit Travel
ont d'excellents produits dans ce domaine.
Question : le gestionnaire des voyages est-il assuré de
ne pas altérer l'état de fatigue du cadre itinérant
en lui imposant un mode de transport plutôt qu'un autre
? En d'autres termes, cette mesure ne risque-t-elle pas de coûter
plus cher qu'elle ne rapporte ?
L'impression in situ. Une société comme HP fait
de son éthique sur l'impression éco-responsable
une arme commerciale. En 2008, ce constructeur a publié une étude
qui révèle qu'avec l'énergie et le recyclage
des déchets, l'impression fait partie du top 3 des priorités
des entreprises engagées sur l'environnement. Parmi les
leviers de HP, on trouve notamment des programmes complets de
recyclages ou encore, la réduction drastique d'encre
et de toner.
La société Canon propose de faire respecter par
l'ensemble du personnel une charte d'impression, avec un logiciel
qui oriente par défaut vers le N&B, A4 et recto
verso, sur la machine ad hoc. Sachant que les coûts d'impression
sont estimés entre 3 et 5 % du CA, le retour sur investissement
peut être immédiat et les acheteurs heureux
de leurs performances.
L'impression des documentations techniques et notices d'utilisation.
Elles sont insérées dans les boîtes des
produits que nous achetons chez Carrefour ou Darty. Ces notices,
conçues pour l'Europe entière, sont la plupart
du temps en 5, 8 ou 10 langues. Il existe des machines capables
d'imprimer ces notices quasi à la demande, à la
mise en boîte, en fonction de la destination. Conséquence
: la pagination est divisée par 5 ou 10. Voilà une
technologie que tout service achats peut imposer à ses
usines et à ses fournisseurs.
Côté énergie. Servis par l'ouverture des
marchés, les achats sont bien placés pour réduire
la consommation de façon spectaculaire. Un opérateur
comme EDF propose une panoplie de services de diagnostic, de
produits et de packages énergie verte qui aident notamment
les PME. Certains aménagements industriels supposent une
collaboration étroite avec les services techniques et/ou
les services généraux ; cela ne fait que souligner
la nécessité d'établir une culture environnementale
transverse.
Toujours dans l'énergie, un opérateur alternatif
comme Altergaz (filiale du géant gazier italien ENI) fournit
un gaz naturel à un prix particulièrement compétitif,
mais surtout via une belle variété de contrats
qui permet à l'entreprise d'avoir une quasi personnalisation
de la gestion de son énergie gaz.
L'éco-conception de la production. Les achats n'ont pas
directement et toujours la main sur les techniques de production,
mais ils ont un rôle d'influence sur les R&D. Réduire
la proportion des composants difficiles à recycler ou
diminuer le poids d'un produit...autant d'actions positives sur
l'environnement que les départements achats peuvent initier.
Les grandes entreprises sont rôdées à ces
pratiques. Elles sont parfois moins accessibles aux PME-PMI.
Les entreprises françaises auraient-elles un
certain retard ?
La certification ISO 14001 constitue un excellent indicateur
sur le sujet. Cette norme est la référence mondiale
en matière de certification sur le management environnemental.
L'Organisation Internationale de la Norme (OIN) recense dans
le monde 110.000 entreprises en-gagées dans un Système
de Management Environnemental (SME) certifié ISO 14001.
Près de 49.000 entreprises (44 %) sont européennes,
3.500 françaises (3 %). La France se place derrière
l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne. De surcroît
nos PME-PMI de moins de 250 personnes ne représentent
que 30 % des certifications ISO 14001.
Conséquence : si les exigences environnementales des donneurs
d'ordre venaient à se renforcer - une tendance inexorable
- nos PME et TPE seraient pénalisées face à leurs
concurrentes européennes. Le retard accumulé sur
le management environnemental sera probablement long à combler,
dans la mesure où nous sommes ici confrontés à une
problématique relevant plus du culturel que du technique.
Le management environnemental certifié,
plus accessible qu'on ne le croit
Dans les PME, une certification ISO passe pour être
un parcours du combattant. Cher, long et complexe ! estiment
de nombreux dirigeants. Difficile de leur donner vraiment
tort, mais les choses s'arrangent.
De nombreux cabinets conseil proposent un accompagnement
certification de plus en plus étroit et efficace.
Afin de faciliter l'accès à l'univers d'un SME,
l'Afnor a développé un document normatif (le FD
X 30-205). Objectif : diriger l'entreprise selon trois étapes
- avec possibilité de certification par tiers - pour aboutir à une
certification complète ISO 14001. Dans le cadre des travaux
de l’Afnor,
l'OIN (Organisation Internationale de Normalisation) a engagé un
projet sur une norme ISO spéciale PME : la future
ISO 14005.
Si la certification permet d'afficher une démarche environnementale,
elle n'est pas une obligation absolue. Attention cependant !
Il se pourrait qu'un jour le principe de certification d'un service,
d'un produit ou d'une organisation constitue un pré-requis
commercial.
Les atouts d'une démarche environnementale
Pour faire simple, en sortant de l'orthodoxie sémantique
parfois absconse du management environnemental, il existe en
définitive deux axes qui permettent de rentrer dans le
cercle vertueux : l'économique et le social (ou les deux à la
fois).
En tout état de cause, il est avéré qu'un
tel management, outre la réduction des impacts environnementaux,
offre les principaux avantages suivants :
• projet fédérateur en interne et en externe,
• contribution à l'image de marque auprès de
tous les publics : personnel, clientèles, actionnaires,
institutions publiques, partenaires divers,
• amélioration de l'organisation et des process,
• meilleure maîtrise des risques industriels.
Il apparaît même que le management environnemental
peut être un gisement de ressources insoupçonnables.
Se lancer dans une démarche de ce type, a fortiori en
optant pour une certification ISO, constitue un excellent outil
de pilotage d'un changement, que les achats seront de plus en
plus amenés à mettre en œuvre. Ils sont bien
placés pour cela.